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Pascal Lamy, le chimiste du commerce international

Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation Mondiale du Commerce depuis septembre 2005, est venu discuter avec les élèves de ParisTech à Télécom Paris. Il a été interviewé par Thomas Samaille (élève à l'ENSTA) et Yann Mouchel (élève à Télécom Paris).

Face à un public scientifique, il a utilisé une métaphore chimique pour illustrer les relations internationales en général, et le commerce international en particulier : depuis le traité de Westphalie en 1648, la molécule de base est l'État-nation, des éléments « gazeux », souples et volatils. Beaucoup plus récemment sont apparus certains des éléments « solides », telle l'Union Européenne, les organisations internationales, dont l'OMC, avec leurs règles par définition rigides, qui visent à instaurer une bonne cohérence entre les États gazeux. Entre les deux ? L'élément « liquide », c'est-à-dire... des organisations comme l'OMC. Le directeur général de l'OMC et son équipe, experts, secrétariat, tentent de faire respecter les règles dans leur domaine de compétence, lequel couvre aussi bien les télécoms que les bananes.

Pascal Lamy a ainsi brossé un portrait intéressant son organisation. Dotée d'un budget infiniment moindre que la... FIFA, elle tente de faciliter les négociations commerciales entre pays, sans prendre parti mais sans se gêner pour rappeler si besoin les règles que se sont fixés eux-mêmes les pays. Car Pascal Lamy a bien pris soin de désacraliser la parenté des organisations internationales en général et de l'OMC en particulier : elles n'existent que parce que les États-nations le veulent. Il n'est toutefois pas question d'abandon formel de souveraineté de la part des États, sauf exception, contrairement à l'Union Européenne qui est précurseur pour l'instant unique d'une organisation supranationale d'un nouveau type (Pascal Lamy a été commissaire européen de 1985 à 1994). Si des États veulent adhérer à l'OMC, c'est parce que ça leur « rapporte » en terme de réputation, de visibilité et d'efficacité.

Les négociations à l'OMC, appelées « cycles », sont une excellente illustration des rapports de force internationaux et de leur évolution : ainsi la montée en puissance des pays émergents qui ont réussi en 1996, contre l'avis des pays développés, de mettre sur la table la question épineuse des droits de douane et des subventions en matière d'agriculture. Le commerce équitable n'est cependant pas un sujet traité à l'OMC : faute de volonté politique internationale (donc au niveau des pays), cela reste pour l'instant du ressort des citoyens.

Derrière le directeur général de l'OMC, l'homme politique, membre du PS et proche de Jacques Delors, n'est pas loin. Ainsi a-t-il pris soin de rappeler ses convictions d'homme modéré : la mondialisation n'est pas que financière, elle a ses bons comme ses mauvais côtés, le capitalisme a certes ses excès mais les « alternatives » n'ont pas bien marché jusqu'à présent. Et, comme l'Histoire le montre depuis l'Antiquité, l'ouverture est bien plus bénéfique que la fermeture !


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